Portrait de Marie d'Agoult https://www.europexplo.com/marie-dagoult-une-femme-romantique/
Les 150 ans du décès de Marie d'Agoult
Marie d'Agoult, de son nom complet Marie Catherine Sophie de Flavigny, est une femme de lettres française née le 31 décembre 1805 à Francfort-sur-le-Main et morte le 5 mars 1876 à Paris. Figure majeure du XIXe siècle, elle est aussi connue sous son pseudonyme masculin, Daniel Stern, qu'elle adopte pour ses écrits. Moins célèbre que son amie George Sand, elle n'en est pas moins une personnalité exceptionnelle par sa liberté d'esprit, son talent d'écrivain et son engagement politique.
Jeunesse et origines cosmopolites
Marie naît à Francfort, fruit d'une union entre deux mondes : son père, Alexandre Victor François de Flavigny, est un vicomte français émigré pendant la Révolution, issu de la vieille noblesse picarde. Sa mère, Maria Elisabeth Bethmann, est issue d'une famille de banquiers allemands protestants ; Cette double culture française et allemande, ainsi que cette éducation entre noblesse et grande bourgeoisie, lui confèrent une grande ouverture d'esprit. Elle est baptisée protestante mais se marie à l'église catholique, restant toute sa vie intéressée par les questions théologiques sans être pratiquante.
La famille revient en France alors que Marie est encore enfant. Son éducation est soignée : son père lui transmet le goût de la littérature française, sa mère l'initie à la langue et à la culture allemande. À l'adolescence, elle passe deux ans au couvent des Dames du Sacré-Cœur à Paris, dans l'actuel musée Rodin.
En 1827, elle épouse le comte Charles Louis Constant d'Agoult, un colonel de cavalerie. Elle entre ainsi dans le monde aristocratique et devient même pressentie pour être dame d'atours de la future reine si la monarchie de Charles X se maintient. Le couple a deux filles : Louise, qui meurt à l'âge de six ans en 1834, et Claire.
La rencontre avec Liszt
La vie de la comtesse bascule en 1833 lorsqu'elle rencontre, dans un salon parisien, le jeune compositeur prodige Franz Liszt, âgé de six ans de moins qu'elle. C'est le coup de foudre. Après une liaison d'abord secrète, la mort de sa fille Louise agit comme un électrochoc : elle refuse d'y voir une punition divine et décide d'assumer pleinement son amour. Contrairement à la légende d'un enlèvement romantique, c'est Liszt qui tente de la dissuader de quitter son foyer. Mais Marie, enceinte, ne veut pas faire passer son enfant pour celui de son mari. En 1835, elle abandonne son époux et sa position sociale pour rejoindre Liszt en Suisse. Ensemble, ils voyagent à Genève, puis en Italie (Bellagio, Milan, Venise, Florence, Rome...) jusqu'en 1839. Ces années de pèlerinage inspireront à Liszt son célèbre cycle pour piano du même nom. La relation avec Liszt s'éteint vers 1844, et Marie revient vivre à Paris.
La carrière littéraire de "Daniel Stern"
De retour à Paris, Marie d'Agoult se lance dans une carrière d'écrivain et de journaliste. Pour être prise au sérieux et se distinguer des romancières mondaines, elle choisit un pseudonyme masculin, Daniel Stern. Le prénom Daniel lui est inspiré par son fils et le prophète biblique, et Stern ("étoile" en allemand) est un hommage à ses origines germaniques.
Son œuvre est variée et ambitieuse :
- Romans : Elle publie notamment Nélida en 1846, un roman largement autobiographique qui raconte sa liaison avec Liszt, dépeint sous les traits d'un peintre médiocre.
- Essais politiques et moraux : Dès 1846, elle publie un Essai sur la liberté. Sous la Deuxième République, elle écrit des Lettres républicaines.
- Œuvre historique majeure : Son Histoire de la Révolution de 1848 (1850-1853) est son œuvre la plus importante. Elle y fait preuve d'une grande rigueur journalistique, confrontant les témoignages des différents camps pour écrire une histoire objective des événements. Cet ouvrage reste une référence pour les historiens.
Un salon influent et des combats féministes
Durant le Second Empire, Marie d'Agoult tient un salon très couru à Paris. Elle y reçoit des écrivains (Eugène Sue, Alfred de Vigny, Sainte-Beuve), des intellectuels (Ernest Renan, Émile Littré), des musiciens et des hommes politiques républicains comme le prince Napoléon ou son propre gendre Émile Ollivier. Ce salon devient un foyer d'opposition républicaine modérée.
Elle s'intéresse de près à la condition féminine et peut être considérée comme une pionnière du féminisme. Elle milite pour l'égalité des droits entre hommes et femmes, en particulier dans les domaines de l'éducation et du droit. Cependant, elle reste modérée sur le plan politique, refusant par exemple de soutenir le suffrage des femmes tant qu'elles ne seraient pas correctement éduquées et instruites.
Dernières années et postérité
Ses dernières années sont assombries par des deuils (son fils Daniel en 1859, sa fille Blandine en 1862) et des soucis financiers. Après une longue et riche carrière d'intellectuelle engagée, Marie d'Agoult meurt à Paris en 1876. Elle est enterrée au cimetière du Père-Lachaise
Sa postérité est double : elle reste dans l'imaginaire collectif comme la grande passion et la muse de Franz Liszt, mais aussi comme la mère de Cosima Wagner. Pourtant, l'œuvre de "Daniel Stern" et son combat pour la liberté de penser et la République lui valent une place à part entière parmi les grandes figures féminines du XIXe siècle.
À l'occasion des 150 ans de son décès, le département du développement des collections de la BIS lui consacre une bibliographie sélective.